L'Imam Mahdi viendra — et c'est lui seul qui doit le faire : ce que les Imams nous ont enseigné

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L'Imam Mahdi viendra — et c'est lui seul qui doit le faire : ce que les Imams nous ont enseigné

Introduction — Une question que tout chiite porte en lui

Il y a, dans toute l'histoire chiite, une tension que chaque croyant finit par ressentir dans sa propre vie. D'un côté, la conscience aiguë d'une injustice : celle de Karbala, celle des prisons, celle des siècles où l'on n'a pas eu le droit de dire à voix haute qui l'on était. De l'autre, une question qui ne se laisse pas éluder : que faire de cette conscience ? Faut-il agir ? Faut-il attendre ? Et si l'on attend, jusqu'à quand, et pour quoi ?

Cette question n'est pas nouvelle, et elle n'est pas théorique. Elle a été posée aux Imams eux-mêmes, de leur vivant, dans les termes les plus concrets qui soient — par des compagnons sincères, souvent armés, souvent prêts à mourir, qui venaient leur demander l'autorisation de se soulever. Nous connaissons leurs réponses. Elles sont consignées, elles sont nombreuses, et elles vont toutes dans le même sens.

Cet article rassemble ces réponses. Il ne s'agit pas d'une opinion politique, ni d'un jugement porté sur qui que ce soit aujourd'hui. Il s'agit de ce que les Imams ma'soumins ont enseigné à leurs propres compagnons, dans leurs propres mots, et de ce que cet enseignement demande de nous pendant l'Occultation.

Imam Ali Zayn al-Abidin (ع) — Le silence comme acte de foi

Après Karbala, la situation du quatrième Imam est celle d'un homme qui a tout perdu. Son père, ses frères, ses oncles, les compagnons de sa famille : tous tués en une matinée. Lui-même est ramené enchaîné de Kufa à Damas, à travers les villes, avec les femmes de la maison du Prophète ﷺ.

Puis vient le retournement. Kufa, la ville qui avait écrit des milliers de lettres à l'Imam Hussein (ع) avant de l'abandonner, se réveille dans le remords. Des délégations se forment. On vient trouver l'Imam Zayn al-Abidin (ع) pour lui demander de prendre la tête d'un soulèvement et de venger le sang versé. Les hommes sont là, les armes sont là, la colère est là.

Il refuse.

Il faut mesurer ce refus. Ce n'est pas la peur : un homme qui est resté debout devant Yazid dans sa propre cour, et qui l'a publiquement confondu par un sermon, ne craint pas la mort. Ce n'est pas non plus l'indifférence : personne n'a pleuré Karbala comme lui l'a pleurée, toute sa vie durant. C'est autre chose, et c'est plus difficile à accepter : la conviction que le moment n'était pas venu, et que l'autorité d'un tel soulèvement n'appartenait pas à ceux qui la réclamaient.

Le mouvement des Tawwabin, les « repentants », s'est levé sans lui. Il a été écrasé. La révolte de Mukhtar est venue ensuite, puis d'autres encore. L'Imam, lui, a consacré sa vie à ce qui pouvait être transmis et qui ne pouvait pas être écrasé : la prière, l'enseignement, la formation d'hommes fiables, et ce recueil de supplications que nous appelons la Sahifa al-Sajjadiyya — un livre qui a traversé treize siècles quand aucune des armées de son temps n'a laissé de trace.

C'est là son enseignement le plus dense, et le plus contre-intuitif : l'obéissance à l'Imam désigné est elle-même un acte de jihad. Non pas un jihad moindre, ni un jihad de repli, mais la forme que prend la fidélité quand l'autorité légitime commande la retenue.

Imam Muhammad al-Baqir (ع) et Imam Ja'far al-Sadeq (ع) — « Restez chez vous »

Avec le cinquième et le sixième Imam, cet enseignement devient explicite et répété. Ce sont eux qui ont formé les plus grands cercles d'élèves de l'histoire chiite, à une époque où l'empire omeyyade s'effondrait et où les occasions de se soulever se présentaient presque chaque année.

C'est ici qu'intervient le Kitab al-Ghayba du Sheikh al-Nu'mani, mort en 380 de l'Hégire, l'un des livres fondateurs de la théologie chiite de l'Occultation. Son chapitre 11 porte un titre qui dit à lui seul de quoi il s'agit :

« Ce qui a été rapporté sur ce qui a été ordonné aux chiites : la patience, le retrait et l'attente du Faraj. »

Trois enseignements de ce chapitre suffisent à en donner la mesure.

L'Imam al-Baqir (ع) dit à ses compagnons :

« Restez chez vous — kunu ahlasa buyutikum. Retenez vos mains et vos langues. Et quand notre affaire sera déclenchée, hâtez-vous vers elle. »

L'expression arabe est frappante et intraduisible d'un seul mot : ahlas al-buyut, ce sont littéralement les tapis de selle que l'on étend dans les maisons, ce qui reste au sol, ce qui ne bouge pas. Soyez cela, dit l'Imam. Mais la phrase ne s'arrête pas là — elle se termine par un ordre de mouvement : quand notre affaire sera déclenchée, hâtez-vous. Ce n'est donc pas un appel au renoncement. C'est un appel à ne pas partir avant le signal, et à ne pas manquer le signal quand il viendra.

L'Imam al-Sadeq (ع) :

« Celui d'entre nous, gens de la Maison, qui se soulève avant le Qiyam du Qaim est semblable à l'oisillon qui prend son envol avant l'heure et tombe de son nid : les enfants en font leur jouet. »

L'image est d'une précision cruelle. L'oisillon ne manque ni d'ailes ni de courage : il lui manque le temps. Il ne tombe pas parce qu'il a mal voulu, mais parce qu'il a voulu trop tôt. Et ce qui suit sa chute n'est pas seulement son échec personnel — c'est l'humiliation de ce qu'il représentait.

L'Imam al-Sadeq (ع) encore :

« Que celui qui souhaite être parmi les compagnons du Qaim attende. Et s'il meurt avant de le voir, il aura la récompense de celui qui l'aura vu. »

Voilà le contrepoids indispensable. Si l'attente était une simple abstention, elle ne mériterait aucune récompense. Si elle vaut la récompense du combattant, c'est qu'elle est elle-même un état exigeant, une manière de se tenir prêt qui engage toute la vie.

Ces hadiths ne sont pas une permission donnée à l'injustice, et ils ne sont pas une abdication. Ils définissent la forme légitime du jihad pendant l'Occultation : la patience qui ne cède pas, la connaissance de l'Imam qui ne se dilue pas, et le refus de suivre n'importe quel appel qui n'a pas été autorisé par lui. Retenir sa main quand on a la force de frapper, et retenir sa langue quand on a raison, est une discipline plus lourde que le geste.

L'argument rationnel — Pourquoi seul un ma'soom peut gouverner

Il ne faudrait pas croire que cette position repose uniquement sur des textes. Elle a sa cohérence propre, et cette cohérence est au cœur du chiisme.

L'islam chiite enseigne que le gouvernement légitime revient à celui qui possède l'isma, l'infaillibilité divinement garantie. Ce n'est pas une prétention aristocratique : c'est une conclusion. Un gouvernant faillible, si pieux et si savant soit-il, se trompera dans l'interprétation de la loi divine — non par malveillance, mais parce que c'est la condition de tout être humain. Or, à l'échelle d'un individu, une erreur d'interprétation engage une personne. À l'échelle d'un État, la même erreur devient loi, contrainte, éducation, jurisprudence. Elle finit par tordre la religion elle-même, et l'on n'a plus les moyens de distinguer ce qui vient de Dieu de ce qui vient de l'erreur du gouvernant.

Un gouvernant qui n'est pas ma'soom se trouve donc devant une alternative dont aucune branche ne tient. Ou bien il affirme représenter l'Imam Mahdi (ع) : mais nul n'a reçu de lui, pendant l'Occultation majeure, un mandat général de cette nature, et il s'attribue alors une autorité qui ne lui a pas été donnée. Ou bien il gouverne en son propre nom : et il gouverne alors sans la légitimité divine, celle que seul l'Imam ma'soom détient.

Il faut le dire clairement pour éviter tout malentendu : ce raisonnement ne vise personne en particulier, aucun homme, aucun État, aucune époque. C'est la logique interne du chiisme. La wilaya — l'autorité — appartient aux quatorze ma'soumins. Elle est un don de Dieu, pas un mandat que des hommes se transmettent, et elle ne se produit pas par élection, par conquête ni par acclamation.

La leçon des Abbassides — L'histoire qui se répète

Il existe dans l'histoire un précédent que les Imams ont vécu de l'intérieur, et qui éclaire tout le reste.

Au VIIIe siècle, une révolution se lève au Khorasan et gagne l'Irak. Son mot d'ordre mobilise précisément le sentiment que nous décrivions en commençant : le châtiment pour le sang de Hussein (ع). Les Abbassides appellent au nom de la famille du Prophète ﷺ, sans jamais préciser lequel de ses membres ils entendent porter au pouvoir — la formule employée, al-Rida min Al Muhammad, « celui qui sera agréé parmi la famille de Muhammad », est assez vague pour rallier tout le monde. Les chiites du Khorasan et d'ailleurs se lèvent en masse. Ibn al-Athir confirme que le mouvement se réclamait de la vengeance des martyrs — Hussein, Zayd, Yahya. L'orientaliste Julius Wellhausen a résumé la chose d'une formule restée célèbre : les Abbassides se sont levés au nom des Alides, portés par les épaules des chiites.

La suite est connue. Une fois le pouvoir pris, les mêmes Abbassides ont emprisonné l'Imam Musa al-Kazim (ع) pendant des années jusqu'à sa mort en captivité, empoisonné l'Imam al-Reza (ع) après l'avoir compromis par une désignation qu'il n'avait pas sollicitée, maintenu l'Imam al-Hadi (ع) sous surveillance à Samarra, et pourchassé les descendants d'Ali dans tout l'empire avec une constance que les Omeyyades n'avaient pas eue.

Ce rappel n'est pas ici pour accuser quiconque aujourd'hui. Il est ici parce que les Imams en avaient identifié le schéma, et qu'ils ont mis en garde contre sa répétition. Un mouvement qui se lève « au nom de l'Ahl al-Bayt » sans mandat explicite de l'Imam vivant peut être sincère : les milliers de chiites du Khorasan l'étaient. Il peut être courageux : ils l'étaient. Il n'en reproduit pas moins le même cycle, parce que la sincérité ne remplace pas la légitimité. Une fois la victoire acquise, il faut bien que quelqu'un gouverne, et celui qui gouverne n'a que sa propre autorité à offrir.

L'intention ne suffit pas quand la légitimité fait défaut. C'est exactement ce que voulait dire l'Imam al-Sadeq (ع) avec son oisillon.

Ce que l'attente signifie vraiment

Il reste à dissiper le contresens le plus courant, et le plus dommageable : attendre ne veut pas dire ne rien faire.

L'intizar, dans la théologie chiite, est un état actif. Il désigne la posture de celui qui se tient prêt, pas celle de celui qui s'assied. Concrètement, il engage quatre choses.

D'abord, connaître l'Imam Mahdi (ع) : qui il est, quelle est sa fonction, quels sont ses droits sur nous. On n'attend pas quelqu'un qu'on ne connaît pas ; on l'espère vaguement, ce qui n'est pas la même chose.

Ensuite, pratiquer sa religion dans la fidélité aux douze Imams — la prière à ses heures, les obligations tenues, l'enseignement des ma'soumins comme référence effective et non comme décor.

Puis, refuser d'accorder à une autorité humaine faillible la loyauté absolue qui n'appartient qu'à l'Imam (ع). Cela n'interdit ni le respect, ni la coopération, ni l'obéissance aux lois d'un pays. Cela interdit de mettre un homme à la place qui n'est pas la sienne.

Enfin, se préparer soi-même à être digne de le rejoindre. Car la question que pose l'attente n'est pas seulement « quand viendra-t-il ? », mais « si son étendard se levait demain, serais-je de ceux qu'il accepterait sous cet étendard ? ».

C'est le sens de ce hadith de l'Imam al-Sadeq (ع), rapporté dans le Kitab al-Ghayba de Nu'mani :

« Connais ton Imam. Car si tu le connais, que cette affaire vienne tôt ou tard ne te nuira pas. Et celui qui connaît son Imam puis meurt avant le Qiyam du Qaim est comme celui qui est assis dans son armée — non, plutôt comme celui qui se tient sous son étendard. »

Remarquons la correction que l'Imam s'apporte à lui-même : non pas assis dans l'armée, mais sous l'étendard. Ce n'est pas une simple présence, c'est la position de l'homme le plus engagé du camp. Et ce rang est accessible à quelqu'un qui mourra des siècles avant l'événement — à la seule condition d'avoir connu son Imam et de lui être resté fidèle.

Voilà pourquoi l'attente n'a rien d'une passivité. Elle est ce qui décide, pour chacun, de la place qu'il occupera dans un événement auquel il n'assistera peut-être jamais.

Conclusion — L'Imam viendra

La doctrine chiite n'est pas une résignation devant l'injustice. Elle en est même l'exact contraire : elle affirme que l'injustice est un problème réel, qu'elle appelle une résolution réelle, et qu'aucune autorité faillible n'a jamais eu ni n'aura jamais les moyens de la résoudre définitivement. Ce que les hommes peuvent faire, ils doivent le faire — la justice au quotidien, la vérité dite, le tort réparé. Mais le renversement final de l'injustice n'est pas une tâche humaine.

Cette autorité existe. Elle est vivante. Elle interviendra en son temps, qui n'est pas le nôtre à fixer.

Le rôle du croyant d'aujourd'hui n'est donc pas de précipiter cet avènement par ses propres moyens — les Imams ont dit avec constance ce qu'il advient de ceux qui l'ont tenté — mais de s'y préparer : par la connaissance, par la fidélité, et par la Dua. C'est le sens de la Dua al-Ahd, récitée chaque matin quarante jours durant, par laquelle le croyant renouvelle son allégeance à l'Imam Mahdi (ع) et demande à être compté parmi ses partisans le jour où il se lèvera.

Lire la Dua al-Ahd